Stagione

Persa sullo slancio del tuo corpo leggendario
La pioggia penna alla mana
Ti disegna nella sernin a dei giorno
Quando si stendono i tuoi occhi addormentati
In fondo alla mia gioventù

La pioggia dagli occhi di fantasmi cancellati
Viene ad infilare le sue palpebre
Sulle lettere che rileggono
L’anafora abbandonata
Sui passi delle tue labra

È la pioggia D’jannie
Che scommette così poco nei tuoi sogni
Pioggia penna alla mana
Che trema di tanti temporali
Con la poesia a tracolla

È buona la pioggia il mio amore
Che viene tam-tam al collo
Sullo slancio dei tua corpo leggendario
La triste canzone delle stagioni.

Trad. di Angelo Manitta

 

Saisons

(À D’jannie Pierre-Louis)

Perdue sur l’élan de ton corps légendaire
La pluie plume à la main
Te dessine dans les semailles du jour
Quand s’étirent tes yeux endormis
Au fond de ma jeunesse

La pluie aux yeux de fantasmes raturés
Vient enfiler ses paupières
Sur les lettres qui relisent
L’anaphore abandonnée
Sur les pas de tes lèvres

C’est la pluie D’jannie
Qui parle si bas dans tes songes
Pluie plume à la main
Tremblant de tant d’orages
Avec la poésie en bandoulière

C’est bien la pluie mon amour
Qui vient tam-tam au cou
Avec sur l’élan de ton corps légendaire
La triste chanson des saisons

 

Tu reviens

By Fred Lafortune

Read by James St Felix

 

Tu reviens

 (À elle)

Tu reviens avec l’éclat de ton regard, avec des vieux miroirs amputés qui n’ont pas su garder le reste de ta beauté qui s’accrochait au mur de la chambre dans laquelle tu dormais. Tu reviens avec une feuille sombre dans mes nuits blanches, des pages d’histoire pour conter ma souffrance aux enfants de la terre. Rien n’existe, hormis toi dans mes songes de silex. Une fleur sombre sous ma taie, dans mes nuits blanches, porte toutes les rides de la pierre, comme si je portais le poids de la mort sous mon ombre.

Tu reviens avec des feuilles mortes sous l’œil de la mer bleue, des herbes sèches, des fourmis folles qui charrient tout le rêve des hommes. Tu reviens le long de la colline de verdure, dans la nuit bleue de l’œil de la mer, où nous rencontrions des enfants tôt se levant pour chanter l’inquiétude de la terre. L’hiver est tout près, je sens déjà le poids de la nostalgie sur les vitres et les pare-brise, nos gestes n’ont d’écho que le sanglot des portes des catacombes. Je sais comment soigner mes secrets et mes rituels quand tu reviens avec ces dernières paroles que nous échangions jusqu’au bout du chemin.

Tu reviens en sourdine de la rue, où nous nous étions vus la dernière fois, avec des jouets pour nos enfants mort-nés et des promesses que je n’ai pas tenues. Tu reviens avec ton chagrin humain, tes onomatopées que je récitais des nuits entières. Je regarde mes mains, toujours trop grandes pour la fragilité de tes mamelons. Je regarde fuir mes souvenirs sous l’empreinte de tes pas comme les volutes d’une cigarette jusqu’au bout de la nuit.

Tu reviens enfin avec tes mouvements au bout de cette terre qui ne tourne que pour toi. T’aimer. T’aimer comme une prière de fin de vêpres. Reviennent sans cesse les mêmes souvenirs où j’ai découvert pour la première fois l’intimité de ton corps. Je suis seul dans la nuit éclairée à peine par un lambeau de lune, comme un somnambule qui veut arrimer les étoiles. J’ouvre grande la porte du silence, comme si tout ce qui restait de notre amour est un fruit dénudé sous la pluie. L’hiver est tout près, nous sommes des silhouettes clouées dans des routes séparées comme un soleil dont on ne voit plus la lumière.

From “SILEX”, by Fred Lafortune, published by Jebca Editions. Copyright© 2016. All rights reserved.
%d bloggers like this: